Tous les sens de la Terre

 

C’est sans doute le fait de vivre dans l’hémisphère sud depuis quelques mois après 44 ans dans l’hémisphère nord. Et la lecture de Mafalda. L’autre soir j’ai eu une fulgurance qui me laisse encore pantoise.

 

 

Le haut et le bas étant donnés par la gravité, quand il n’y a pas de gravité il n’y a plus de haut et de bas. Donc il n’y a pas de raison objective pour laquelle le nord serait en haut et le sud en bas. Pas de raison objective pour laquelle il faut se tordre le cou pour voir le Chili ou l’Argentine dans toute leur longueur. Et je n’entre pas dans les détails de la fameuse relation nord-sud, haut-bas, éclairé-dans l’ombre, etc.

 

 

Il y a une carte, proposée par l’Australien Stuart Mac Arthur, qui en montre une représentation plane, qui est une projection de la réalité. C’est très intéressant. Mais la Terre comme boule, en relief, sans haut ni bas, sud et nord interchangeables comme points de l’axe non orienté, la vraie Terre, la planète du système solaire éclairée aussi bien en haut qu’en bas...

 

 

 

Le changement nécessaire

Ce n’est pas que je sois exactement le contraire d’un control freak mais il me semble que quelque chose ne va pas.

 

 

Il y a quelques dizaines de milliers d’années, la nature nous faisait peur et l’important était de survivre. Comme on le sait, l’état de peur n’est pas le plus propice au développement d’une pensée raffinée. Puis la nature est devenue un peu mieux connue, une sorte d’harmonie s’est installée. L’espèce humaine, plus détendue, a établi une relation équilibrée et tissée de rituels avec la nature, relation qui reste encore présente chez les sociétés natives.

 

 

Et puis la technologie nous a permis de devenir des dominants de secteurs de plus en plus larges de la nature. Là, l’énergie de nos peurs archaïques a trouvé son exutoire dans une course au contrôle qui à son tour a renforcé la peur perdre le contrôle. C’est la spirale dans laquelle notre espèce s’est lancée, soutenue par un système économique adéquat pour la soutenir.

 

 

Je ne sais pas vous mais moi, quand je pense à toute cette terre morte, pleine d’insecticide et d’herbicide qui en font juste une éponge, dans laquelle des semences labellisée poussent uniquement grâce à des engrais fabriqués en usine chimique, pour donner les carottes ou les poireaux que je mets dans ma soupe quand je n’ai pas eu le temps d’aller au magasin bio, je sens mon corps devenir un arrangement d’atomes froids dont pour l’instant personne pas même les plus grands scientifiques ne peuvent connaître à la fois la vitesse et la position des électrons. Et ça me donne envie de manger un pot de Nutella.

 

 

Qui a commencé ? La technologie, ou bien une perte de confiance dans l’équilibre avec la nature, accompagnée de la peur de perdre tout contrôle ? L’envie de savoir, peut-être, qui se situe au milieu. L’envie d’explorer pour comprendre. L’envie d’apprendre. Elle est humaine, n’est-ce pas ? Pourtant aux deux extrémités de cette envie d’apprendre, on peut aussi sentir d’un côté la paresse vis-à-vis de l’effort nécessaire, et de l’autre la frénésie de savoir, l’impulsion de tout savoir quitte à s’épuiser. Au niveau sociétal on en est là, on s’épuise à vouloir tout savoir, pour tout contrôler. On se tue à la tâche, littéralement, comme espèce. Comme culture dominante qui entraîne l'espèce, plutôt, d'ailleurs. Et il y a parallèlement des choses qu’on n’a pas voulu faire l’effort de comprendre jusqu’ici.

 

 

Mais puisque ça devient une question de survie d’espèce, le malaise se perçoit de manière viscérale. On le sens n’est-ce pas ? Nous sentons que quelque chose ne va pas dans notre quotidien, dans les questions majeures qui occupent notre esprit : J’achète ce téléphone tout de suite ou j’attends les soldes ?… Les médias me manipulent ou je suis parano ?... Pour les ponts de mai on va en Normandie ou à Rome ?... Accueillir les réfugiés, je suis pour ou contre ?...

 

 

Et puisque ça devient une question de survie d’espèce, la réponse et le changement nécessaire vont se percevoir eux aussi de manière viscérale. Et le besoin d’agir aussi. Et le besoin d’être différemment aussi. Vous le sentez, non ?

 

 

 

Ce que j'ai appris dans les cours de self défense

Post dédié à l'équipe LSD (Ladies System Defense) Paris

(English below)

 

Ils ont commencé le cours en parlant de cette fille venue deux mois plus tôt parce qu’elle était restée tétanisée quand un soir un type l’avait plaquée contre le mur d’un couloir de métro pour la peloter tranquillement. Quand je suis sortie de mon premier atelier de self défense, à deux rues du Bon Marché, un dimanche matin il y a un an et demi, je n’étais plus la même que celle qui était entrée.

 

 

Pourtant j’avais beaucoup hésité. Des années. Des décennies même. Car quoi, oui j’avais peur, parfois, moins qu’à 18 ans mais quand même, parfois. D’un autre côté, la self défense c’était des tas de choses que je n’aimais pas, c’était guerrier, c’était martial, c’était violent, c’était agressif. C’était reconnaître que je voyais le monde comme un endroit dangereux. C’était accepter que ma peur pouvait être fondée. C’était surtout me préparer à une agression physique, et je n’étais pas prête à aller de mon plein gré jouer à si j’étais agressée physiquement.

 

 

Le déclencheur a été un livre (1) feuilleté par hasard dans une gare avant un long voyage. Selon l’auteure, les cours de self défense pouvaient aussi aider à se positionner de manière plus assertive dans les situations de la vie courante. Le parallèle entre le corps et l’esprit a comme toujours suscité ma curiosité. Là-dessus j’ai trouvé sur internet un atelier de self défense réservé aux femmes (2) – aujourd’hui il y en a beaucoup, mais à l’époque il y en avait beaucoup moins - et voilà que la pression martiale s’allégeait considérablement.

 

 

J’ai traversé plusieurs phases pendant cet atelier. Dans l’ordre :

 

 

1) L’appréhension d’être là, avec d’autres personnes qui voient le monde comme un endroit dangereux. L’impression paradoxale qu’être là c’était me poser en victime. Mon problème dans les premiers exercices c'est que ma peur de faire mal était plus inhibitrice que la peur qu’on me fasse mal. En tant que dame comme il faut, ancienne petite fille sage, shooter dans l’entrejambe sur un procès d’intention ça ne se fait pas n’est-ce pas ? Quand on vous plaque contre un mur en forçant un peu mais sans rupture de rythme, ça fait un peu comme la grenouille dans l’eau de la casserole qui bout peu à peu (3)… : même crier peut devenir incongru dans le petit duo devenu séparé du monde, presque intime. Au risque de rendre la peur paralysante au lieu de pousser à s’enfuir.

 

 

2) L’entrée dans l’action en prenant la chose comme un exercice de gymnastique. En dame comme il faut, suivre la consigne et m’appliquer. Échauffement, enchaînements de séquences, bras, coudes, genoux, pieds, une deux trois quatre, une deux trois quatre.

 

 

Les formateurs sont tous des professionnels de la sécurité publique. Ce jour-là, tous des hommes. Ils me disent que si on m’agresse j’ai le droit de répondre et de faire mal pour préserver mon intégrité. Force m’est de constater, et je trouve ça complètement dingue, que je suis surprise d’entendre que cette évidence s’applique aussi à moi.

 

 

Répondre pour préserver mon intégrité ça ne veut pas dire refaire mon exercice de self défense en m’appliquant pour montrer que je sais bien le faire et maintenant on arrête. Ça veut dire hurler, appeler au secours, mettre mes tripes dans mes pieds, dans mes poings et dans mon cerveau aussi. C’est un peu de technique et c’est surtout beaucoup d’intention. Et ça c’est difficile pour quasi toutes les participantes. Le monde est plein d’anciennes petites filles sages qui hésitent à se défendre pour sauver leur peau.

 

 

3) Au bout d’une heure et demie, mes muscles acceptent enfin.

 

Parce qu’en mise en situation comme dans la vraie vie, c’est le déni d’abord. Non il ne se passe rien de grave. Non il ne va rien se passer de plus grave. Non il ne s’est rien passé de si grave.

 

 

Sauf que là les formateurs se placent entre les neurones et secouent les synapses. Et qu'au bout d’un moment, à force d'insister, ça fonctionne: il y a un truc qui lâche, une porte qui s’ouvre, le corps obéit enfin à l’injonction: « Frappe plus fort ! Crie ! Sauve-toi ! ».

 

 

Et la fois suivante il n’y a plus besoin d’injonction. C’est rien moins qu’un changement de connexion neuronale qui se produit, la fin de quarante-trois ans de conditionnement pour ce qui me concerne. On a toutes le droit de se défendre contre ceux qui se donnent le droit de nous agresser.

 

 

Quand pour finir on passe à la défense face à une tentative de viol, la tension monte. La plupart des filles ne sont pas venues là seulement pour apprendre à se défendre si on essaie de leur piquer leur Nat et Nin. Souvenir personnel, peur ancestrale, chacune ressent quelque chose. La démonstration de mise en situation est comme le reste : très professionnelle et respectueuse. Et surtout, elle rassure. Voilà la situation. Voilà la posture où je serais, si. Et voilà comment je peux faire pour essayer de m’en sortir. On se répartit en binômes un peu pesants - " Tu préfères commencer dessus ou dessous? - Euf, ça m'est égal, comme tu veux, et toi? - Pareil " - et vite après on s’envoie valser à travers la pièce en rigolant.

 

 

Ça peut ne pas marcher. Ça peut mal tourner pour plein de raisons. Mais l’objectif du cours de self défense, c’est de savoir qu’on a le droit de se défendre, et c’est de savoir qu’on a des moyens pour se défendre. Et il paraît que ça se voit de loin.


 

 

 

1 Ces filles sympas qui sabotent leur carrière de Lois Frankel

 

2 http://lsdparis.com/

 

3 Des expériences du XIXe siècle ont établi qu’une grenouille plongée dans l’eau bouillante en saute immédiatement pour se sauver, mais la même, plongée dans la même casserole d’eau froide, reste là quand l’eau commence à chauffer et finit par se laisser cuire. A priori des recherches plus récentes montrent que ce n’est pas si clair, mais l’anecdote est tellement intéressante…

 

 

 ***

 

What I learnt in self defence class

 

 

 

They started the workshop talking about that girl who had come to the class two months before because she had stayed paralyzed when a man had pinned her to the wall in a corridor of the metro, to feel her up. When I left my first self defence workshop about one and a half year ago, I was a different person from the one who had entered the dojo.

 

 

Yet I had pondered at length. Years. Even decades. Because yes, I was scared sometimes, not as much as when I was18, but still. And at the same time, self defence meant many things I did not like, it was aggressive, martial, violent. It meant I acknowledged that the world was a dangerous place. It meant I acknowledged that my fears were justified. It was mostly about getting ready for a physical assault and I was not ready to go and free willingly play at being physically assaulted.

 

 

The trigger was a book I went through at a train station before a long trip. The author said that self defence classes could also help being more assertive in everyday life. That body-mind connexion as always drew my attention. Soon after I found a self defence workshop for women only on the Internet – there are many these days but at that time there were not so many : that removed good part of the martial pressure.

 

 

I went through several stages in that workshop. Here they are, in chronological order:

 

 

1)               Feeling uneasy to be here with other people who see the world as a dangerous place. Paradoxical feeling that being here is to behave as a victim. My problem in the first exercises was that I was more inhibited by my fear to hurt than by my fear of being hurt. A lady, a former good girl does not hit in the crotch out of a supposed intention, does she? When you are pinned to a wall, with pressure but with no break in the rhythm, what happens is similar to the frog in cold water cooked in the pan… even shouting may sound improper in this new duo isolated from the world, almost like in a kind of intimacy. To the point that fear can be paralyzing instead of driving to run away.

 

 

2)               Action through taking the whole thing as gymnastics. Remain a lady, follow the instruction and applying myself. Warm up, sequence of movements, arms elbows knees feet, arms elbows knees feet, one two three four, one two three four.

 

 

All the trainers are public security professionals. That day, all men. They tell me that if I am assaulted I have the right to respond in order to preserve my integrity. I am forced to see, and I find it crazy, that I am surprised to hear that that obviousness applies to me too.

 

 

Respond to preserve my integrity does not mean repeat my self defence exercise, applying myself to show that I can do it right and now we stop here. It means screaming, calling for help, putting my guts in my feet, in my fists, and in my brain too. It requires some technique, but most of all a lot of intention. And that is hard for almost all the participants. The world is full of good girls who hesitate to defend themselves when it is time to save their skin.

 

 

3)               After one hour and a half, my muscles surrender at last.

 

 

Because in exercise as in real life, what comes first is denial. No, nothing serious is happening. No, nothing more serious will happen. No, nothing so serious has happened.

 

 

Except that here, the trainers stand between the neurons and they shake the synapses, and after a while, through insisting, something releases, a door opens, the body at last obeys the injunction: “Hit harder! Scream! Run away!”

 

 

And the next time there is no need for injunction. Nothing less than a change in neuronal connexion has just happened. As far as I am concerned, the end of a forty three years long conditioning. We all have the right to defend ourselves against those who feel free to assault us.

 

 

When as a last sequence they introduce us to defence against an attempt to rape, tension rises. Most of the participants did not come here just to learn how to defend themselves in case of someone trying to steal their Nat et Nin. Personal memory, ancestral fear, each of us is feeling something. The demonstration is as everything else: very professional and respectful. And most of all, reassuring. Here is the situation. Here is the shape I would be in if. And this is how I can try and get myself out of it. Then we split in pairs to exercise, in a heavy mood – “Where do you prefer to start? On top or underneath? – Well… I don’t mind, as you wish. What about you? – Same” but soon we start having fun sending each other flying through the room.

 

 

It may not work. Things may turn bad for many reasons. But the idea of the workshop is to have us know that we have the right to defend ourselves, and have us know how to defend ourselves. And it is said it shows.

 

 

 

 

0 commentaires

Les 4 bénéfices de mon inventaire

(English below)

 

 

700 et quelque, c'est le nombre d'objets en ma propriété. C'est-à-dire ceux que je dois emballer, déballer, quand je déménage. Ceux que je vois tous les jours et dont j'oublie parfois la présence même si les ôter de mon environnement est impensable - ou pour cela justement. Ceux qui se trouvent dans ces coins sombres où j'entasse peu à peu, des petites choses dans un vide poches, un peu plus grandes dans un tiroir, ou plus grandes encore dans un placard, ou encore plus grandes dans une cave. Ces nombreuses tasses, ces nombreux chemisiers, ces journaux, papiers, tissus à utiliser un jour pour un collage ou une robe, ces livres lus une fois et reposés là, ces livres jamais lus et qui se rappellent à mon souvenir chaque fois que je passe devant l'étagère. Ce genre d'objets-là aussi.

 

 

Dans la perspective de mon départ outre-atlantique, j'ai voulu faire du tri mais je ne savais pas par où commencer. Déjà: le visible ou l'invisible? Eliminer l'inutilisé que je vois tous les jours, ou laisser d'office tout ce que je ne vois pas et qui ne me manque pas, relégué dans des fond de. Pas si simple.

 

 

Voilà pourquoi l'inventaire. Pour tout ramener au jour. Toutes ces choses. Pour les connaître. Les reconnaître. Et décider si elles continuent avec moi ou pas. Tableau Excel. Colonne 1, le numéro: 1, 2, 3, etc jusqu'à 1500 - après on verra. Colonne 2, le nom de l'objet accompagné de son descriptif objectif et individualisé pour qu'il soit reconnaissable (tasse bleue à anse, chemise blanche col brodé, tournevis cruciforme petit, Livre Le petit prince, etc).

 

 

En fait c'est allé beaucoup plus vite que je pensais, et cet inventaire m'a apporté plusieurs bénéfices:

 

 

1) une satisfaction de connaître mon environnement. Pas dans le sens de contrôle, mais dans le sens de conscience. Enfin, dans la perspective de le maîtriser, quand même...

 

 

2) un soulagement de savoir que je possède et dois donc gérer un nombre fini de choses, et pas un amas qui commence en choses connues et vues tous les jours, et se poursuit à l'infini avec toutes ces choses que je ne vois pas si souvent, celles qui sont hors de ma vue, et celles que je ne veux pas voir.

 

 

3) un apaisement de mettre à distance ces choses qui ne sont que des choses. La tasse offerte par cette tante que j'aimais beaucoup, dans ma liste, c'est une des 15 tasses. Comme ça sépare la chose du sentiment, c'est rafraîchissant.

 

 

4) un enthousiasme pour réduire les objets visiblement trop nombreux de certaines catégories: 16 pinceaux... trois sets de couverts de table pour 12 personnes chacun... Certaines catégories m'ont laissée songeuse.

 

 

Car ces objets ne sont là que parce que je les intègre dans mon environnement. C'est moi qui leur donne du sens. Dans la mesure où je les utilise ou bien j'en ai besoin autrement, je dois m'en occuper, les entretenir, les réparer, ou même seulement les stocker. Ils sont quelque part presque une extension de mon corps physique. L'inventaire m'a aussi aidée à les orienter vers la catégorie des cheveux ou des ongles plutôt que vers celle des dents ou du sang.

 

 

Et vous, comment faites-vous pour savoir ce que vous possédez?

 

 

***

 

 

 

Four benefits from my inventory

 

 

700 something, this is the number of things I possess. That is, the things I must pack and unpack when I change homes, the ones I see everyday and I forget about, even if removing them from my environment is unthinkable - or just for that very reason... Those which stand in dark angles where they gather, small things in a bowl, larger ones in drawers, still larger in cupboards, and big ones in cellars. These many cups, shirts, newspapers and magazines, pieces of paper or fabric to be used one day in a collage or to make a dress. Books read once and left there, books never read and which remind me of their existence each time I pass by the bookshelf. That kind too.

 

 

Before moving overseas, I wanted to declutter but could not find where to start. The visible or the invisible? Purge what was unused and that I could see everyday, or tackle what I could not see and did not miss, lost at the bottom of some place. Not that easy.

 

 

Hence the inventory. To bring everything to the light. Every single thing. To know them. To recognize them. And to decide if they go on with me or not. Excel table. Column 1, number 1, 2, 3, etc until 1500 for a start. Column 2, the name of the thing, with an objective description, as accurate as required to allow identification: blue cup with handle, white shirt with emboided collar, small cross-headed screwdriver, book The little prince, etc.

 

 

In fact, it went much faster than I expected and this inventory produced several benefits.

 

 

1) Satisfaction. To know my environment. Not in a meaning of control, rather in a meaning of conciousness.Although with a goal of mastering it...

 

 

2) Relief. To know what I possess, and therefore have to manage, a finite number of things, and not just a heap of stuff starting with known-and-seen-everyday things, unfolding unending with stuff I do not see so often, stuff out of sight, and stuff I do not even want to see.

 

 

3) Peace. To distance this stuff which is just made of things. The cup my beloved aunt gave me, in my list, is one of 15 cups. With a list, the thing separates from the feeling, and this is so refreshing.

 

 

4) Enthousiasm. To consider reducing objects of an obviously crowded category. Like 16 brushes. Like 3 cutlery sets for 12 people each. Some categories just left me thinking... and longing for action.

 

 

Yes, because each single piece of this stuff is here because I and no one else integrated it in my environment. I am the one to give them meaning. And because I use them or I need them, I must take care of them, repair them, or even just store them: they are almost like an extension of my physical body.

 

The inventory also helped me to push them more to the hair and nails category, farther from the teeth and blood category.

 

 

And I am curious, how do you know all that you possess?

 

 

 

0 commentaires

Ser y estar, là est la question...

 

 (no English so far, sorry, too many languages...)

 

J'ai davantage de problèmes avec "ser y estar" de nos jours que lorsque j'étais au collège en première année de cours d'espagnol. Aujourd'hui dans la moitié des cas je me demande si j'ai fait le bon choix entre les deux verbes.

 

 

Dans ces moments où mon rapport à la langue quitte la mémoire procédurale et revient se jouer au niveau de la mémoire déclarative - celle qui tâcheronne les règles de grammaire au lieu de les sentir, en gros - dans mon esprit mes auditeurs natifs deviennent tous des linguistes avisés. Ils ont même participé à l'élaboration de ces règles qui obéissent à des logiques au sens culturel riche et profond dont mon ignorance s'étale alors en pleine lumière. Confondre ser et estar c'est n'avoir rien compris à la subtilité de leurs origines. Je pourrais recadrer en revendiquant mon droit à l'erreur, ou même mon devoir d'erreur, comme méthode d'apprentissage, mais pas aujourd'hui. Là je vais prendre un autre chemin.

 

Car, par rapport à il y a trente ans, Internet regorge de documents explicatifs, de vidéos rigolotes qui vous expliquent pourquoi ser et pourquoi estar. Il ressort que ser exprime une qualité intrinsèque du ser, de l'être, et estar une qualité contingente ou provisoire, par exemple la localisation géographique ou le fait que l'arbre est en fleurs ou que quelqu'un est malade ou en bonne santé. Par contre une décision ou un choix est intrinsèquement bon ou mauvais. Tout ce qui est moral d'ailleurs, relève du ser. Et là ça se complique.

 

Car voilà, les dix dernières années ont été un long, palpitant et parfois difficile chemin qui m'a conduit à adopter des croyances comme celle que la seule constante est le changement, ou que les choses ne sont pas noires ou blanches mais d'une infinité de variété de gris. Je ne dis pas à l'accepter en toutes circonstances, mais disons, à en admettre le principe. Pour moi, quasiment tout est devenu du domaine de l'estar.

 

C'est pourquoi quand je dis ser, je ne peux parfois pas m'empêcher de sourire... J'imagine tout ce qui pourrait faire que ce que j'associe à ser en suivant la règle de grammaire, prenne un tour surprenant pour mon auditoire de linguistes confiants, du haut de leur conservatisme de locuteurs de langue maternelle, dans la permanence des choses. Une petite caractéristique soi-disant essentielle qui se mettrait à leur jouer facétieusement des tours à sa sauce.

 

Alors dans mon effort de parler correctement la langue de mes hôtes, je ruse avec la grammaire espagnole. Cela suppose une sorte de discrétisation du changement. Comme si estar exprimait une continuité de changement, et ser une suite d'états figés mais différents. Le ser devient un ser ponctuel, qui pourra être un autre ser un instant plus tard, pas par un changement continu, mais par transformation instantanée. Par ce tour de passe-passe, même l'intrinsèque peut devenir variable. Olé.

 

Car en réalité, plus qu'à l'essence, le ser ne se rapporte-t-il pas à l'ego, à la panoplie des identités construites ? Ce fameux "yo soy" de la fierté hispanique ancestrale? L'essence, elle, serait fluide et sans cesse en mouvement, éprouvant la liberté du changement dans la continuité, celle de l'estar.

 

Dans ce cas la stabilité du ser deviendrait celle de la volonté de donner une image, perpétuer un ordre moral, social, volonté de la Personne qui parle, ou de la Personne dont on parle. Reflet de la nécessité de se mettre d'accord sur des fondamentaux pour pouvoir vivre ensemble. Ser y estar, miroir de la dualité de la condition humaine?

 

 Publié la première fois par FG sur www.unmundoespejo.com

 

0 commentaires